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Fév-2015

Val d’Aran – 21 au 25 février 2015 Retour

DANS l’enfer blanc du val d’aran

15 jours qu’il faisait beau, que l’anticyclone était bien installé sur nos Pyrénées, le vent inexistant et la pluie parfaitement absente… Il a suffit qu’un certain « Moustik » se pointe dans la région pour que son effroyable réputation climatique se confirme une fois de plus ! Car, sachez-le, si vous partez en montagne avec lui, vous risquez d’avoir mauvais temps… 

Tout commence le samedi 21 février où trois malades mentaux (rejoints en soirée par un quatrième) décident d’affronter les flocons pour aller dîner en forêt, dans la petite cabane de Plau de Naut. Sincèrement, même des SDF n’en voudraient pas tant cet abri respire la « propreté », tant la cheminée fume et tant il vaut mieux laisser la porte ouverte sous peine d’asphyxie immédiate (par -10°, c’est agréable). Bref, le grand confort pyrénéen. Pour soigner des problèmes pulmonaires, y’a sûrement mieux… Dimanche 22 (et déjà 40 cm de poudre en plus), la fine équipe brasse jusque sous le Cap des Cròdos, dont le dôme sommital s’avère copieusement vitrifié par un glacial vent d’ouest (des patins à glace eurent été plus approprié). C’est assez pour Cyril et Jean-Jacques qui dépeautent et se laissent sagement glisser vers le bas (avec le recul, un Renailler qui abandonne avant le sommet, ça aurait dû nous alerter…). « Heureux vacanciers », Laurent et Moustik larguent donc les amarres, se hissent dans les bourrasques jusqu’au sommet du Cap des Cròdos et filent jusqu’au Tuc de Guilhèm. Là, le miracle se produit : le ciel se déchire et une belle fenêtre météo permet aux deux compères de basculer, tel que prévu, dans le Val de Varradòs. Sublime descente dans une poudreuse de cinéma face à l’énigmatique Serra Sascorjada afin de rejoindre la cabane de Cuveishic. Surprise en poussant la porte : il y a autant de neige à l’intérieur qu’à l’extérieur ! Qu’à cela ne tienne, c’est parti pour 2 h de ménage afin de rendre l’espace à peu près habitable. Cette fois la cheminée tire bien (ça s’arrose !) et la fondue au chocolat compense l’ambiance congélateur. Le lundi 23 débute sous un ciel maussade. Mais la visibilité est suffisante pour rejoindre la cabane de Mont (compter tout de même 5 h avec de la neige jusqu’aux cuisses). Nouvelle fenêtre météo dans l’après midi qui permet aux deux « loustiks » (contraction de Laurent et Moustik) de gravir légers, et skis aux pieds, l’élégante Tuqueta de Mont. Rapide coup d’oeil en direction de la Coma d’Auran en prévision de la descente du lendemain puis redescente jusqu’à la cabane pour profiter d’une dernière soirée en montagne. Sauf que…

Sauf qu’en soirée, les éléments se déchaînent : un violent blizzard se lève et nous avons l’impression de passer la nuit suivante couchés dans le réacteur d’un Airbus. Au matin du 24 février, la situation devient préoccupante : il est tombé 30 cm de plus et le vent se renforce pour atteindre les 100 km/h. A trois reprises, nous tentons une sortie, dans l’espoir de gagner le col de Mont mais tous les voyants sont au rouge : il fait trop froid, la visibilité est réduite à zéro et si nous nous éloignons trop loin de la cabane sans parvenir à trouver le fameux col nous sommes à peu près certains de ne pas retrouver notre abri salvateur. Un bivouac dans ces conditions serait probablement fatal… Inquiets pour nos proches (que nous ne pouvons pas prévenir, faute de réseau), nous nous résignons à veiller une soirée et une nuit supplémentaires dans notre cabane échouée au milieu de son grand linceul blanc. Instinctivement, nous rationnons bois et nourriture, des fois qu’il faudrait y passer le restant de la semaine. Moustik tente tout de même de dédramatiser la situation : « Putain, on a plus de Ricard ! », ce à quoi Laurent réponds, stoïque, « OK, demain on descends en chercher à Bossost ».

Mercredi 25 : il est tombé un mètre de plus au cours de la nuit et la visibilité est toujours aussi mauvaise. Seul le vent est un peu moins fort. S’il y a un coup à jouer, c’est maintenant ou jamais. Départ dans la tourmente : sans trop d’hésitation, nous parvenons au fameux col et nous basculons dans la Coma d’Auran. Désormais, c’est l’inconnu. Etrange sensation d’avancer en voyant à peine le bout de ses spatules. D’ailleurs, Moustik y perd ses repères. Pour Laurent, pas de place au doute et un seul mot d’ordre : rester vivant ! Nous ne le savons pas encore mais les secours (PGHM de Luchon et de Vielha) ont été prévenus de notre « disparition ». Sauf qu’avec de telles conditions, personne ne peut rien pour nous (et de toute façon on aurait été vexé de devoir descendre en hélico !). Concentration maximale, engagement total… Les heures s’écoulent, hors du temps, dans une ouate si épaisse qu’à 10 m l’un de l’autre nous ne nous voyons même pas. De glissades en glissades, un GPS et une boussole dans la tête, l’instinct animal de Laurent conduit l’équipée dans les bas fonds de la Coma d’Auran. Le plus dur est fait mais le plus dangereux commence car ce fond de vallée est en fait une vraie souricière, balayée par d’énormes avalanches. Les versants sont tellement chargés que tout dégringole. Risque maximal : iIl faut désormais skier l’oeil aux aguets, en levant constamment la tête pour surveiller les wagons de poudreuse qui nous déboulent directement dessus. Ca purge de partout et, fatalement, l’un des deux loustiks (le plus malchanceux, on vous laisse deviner duquel il s’agit en reprenant le récit au début) finit par se faire emporter et se retrouve quasiment enseveli (c’est là qu’on se rend compte qu’une pelle à neige ne sert pas qu’à dégager les portes des cabanes sous l’oeil amusé d’un photographe). Plus de peur que de mal. Une ultime grimpette dans les sapins nous permet de rejoindre la piste forestière de Mont, fragile fil d’ariane qui nous ramène enfin à la voiture, au terme d’une journée hors norme. En regardant la lugubre vallée encaissée d’où nous venons, c’est Moustik qui a le mot de la fin : « Ah vraiment, il fallait être fou pour descendre par là ! »

PS : pour ne pas nuire au récit, nous avons passé sous silence la rencontre du lundi matin avec de « grands montagnards » adeptes de l’héliski, pratique éminemment « sportive » que le gouvernement aranais encourage et développe de plus en plus sur son territoire. 

 

 

 

 

 

 

 

 

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